Open Access
Numéro
Cah. Myol.
Numéro 15, Juin 2017
Page(s) 63 - 65
Section JSFM 2016 / The 14th french society of myology annual meeting 2016
DOI https://doi.org/10.1051/myolog/201715063
Publié en ligne 23 juin 2017

© C. Fuster et al., publié par EDP Sciences, 2017

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L’HypoPP1 est une maladie génétique induite par des mutations faux-sens dans le gène codant la sousunité principale (α1S) du canal Ca2+ voltage-dépendant (Cav1.1) du muscle squelettique [25]. La sousunité α1S est composée de quatre domaines transmembranaires (I à IV), eux-mêmes constitués de six segments transmembranaires (S1 à S6) (Figure 1A). Les mutations HypoPP1 conduisent pour la plupart à la substitution d’un résidu histidine à un résidu arginine localisé dans la partie la plus externe d’un des segments S4 de la sous-unité 〈1S. Les expériences menées à partir de biopsies de patients souffrant d’HypoPP1, de souris transgéniques portant l’une de ces mutations ou encore de modèles d’expression hétérologue des canaux voltage-dépendants Na+ ou K+ de structure proche du canal Ca2+ et mutés sur les mêmes segments S4, suggèrent que, dans les fibres musculaires squelettiques, la mutation conduirait à la formation d’une voie de passage cationique accessoire, appelée gating pore, générant un courant entrant responsable d’une dépolarisation de la membrane et finalement de l’inexcitabilité des cellules musculaires. Cependant, l’une des mutations HypoPP1 récemment identifiée et induisant des symptômes cliniques comparables aux autres mutations HypoPP1 s’est avérée affecter non plus un segment S4 mais un segment S3 du canal calcique [6]. Les modifications fonctionnelles induites par cette mutation n’ayant jamais été étudiées, la question se pose de savoir si la mutation V876E (Val876Glu) conduit à la formation d’un gating pore en dépit du fait qu’elle n’affecte pas un segment S4.

Nous avons transféré l’ADN codant le gène de la sous-unité α1S du canal Ca2+ humain sauvage ou mutée HypoPP1 V876E étiqueté à la turbo-GFP dans les muscles des pattes arrière de souris. Les profils d’expression des canaux sauvage ou V876E ont indiqué une localisation telle qu’attendue au niveau de la membrane des tubules transverses (Figure 1B). La mesure des courants Ca2+ voltagedépendants en condition de voltage-clamp n’a montré aucune différence significative entre les courants enregistrés dans les fibres exprimant la forme mutée V876E et la forme sauvage (Figure 1C). L’application de rampes hyperpolarisantes en présence d’une solution externe dépourvue de Na+, de K+ et faible en Cl- a permis de révéler une conductance de fuite mesurée entre -80 et -120 mV significativement plus importante dans les fibres exprimant la mutation V876E (Figure 1D) et potentialisée par une acidification du milieu externe (Figure 1E). Ces données suggèrent d’une part que la mutation V876E induirait un courant entrant de gating pore au potentiel de repos tel qu’observé pour les autres mutations HypoPP1 et d’autre part que ce courant serait porté par des H+. Cependant, la mesure de l’acidification intracellulaire à l’aide d’un indicateur fluorescent sensible au pH en réponse à une acidification extracellulaire réalisée en présence d’un milieu externe physiologique n’a révélé aucune différence de vitesse d’entrée des H+ entre les fibres exprimant la forme mutée et la forme sauvage (Figure 1F). Ces données suggèrent que le gating pore transporterait des H+ lorsqu’aucun autre cation perméant n’est présent dans le milieu externe mais que le courant serait porté par un autre cation en conditions physiologiques. Des mesures préliminaires de Na+ intracellulaire indiquent que le gating pore généré par la mutation V876E transporterait principalement du Na+ dans les conditions physiologiques. Dans l’ensemble, ces expériences tendent à montrer que la formation d’un gating pore constitue un mécanisme physiopathologique commun à toutes les mutations HypoPP1 que celles-ci affectent les segments S4 ou un segment S3 mais qu’en revanche l’ion transporté est susceptible d’être différent selon la mutation.

Liens d’intérêt

L’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.

Références

  1. Cannon SC. Channelopathies of skelet al muscle excitability Compr Physiol 2015; 5: 761–90. [CrossRef] [PubMed] [Google Scholar]
  2. Cannon SC. Voltage-sensor mutations in channelopathies of skelet al muscle. J Physiol 2010; 588 : 1887–95. [CrossRef] [PubMed] [Google Scholar]
  3. Matthews E, Hanna MG. Muscle channelopathies: does the predicted channel gating pore offer new treatment insights for hypokalaemic periodic paralysis? J Physiol 2010; 588 : 1879–86. [CrossRef] [PubMed] [Google Scholar]
  4. Jukat-Rott K, Groome J, Lehmann-Horn F. Pathophysiological role of omega pore current in channelopathies. Front Pharmacol 2012; 3 : 112. [PubMed] [Google Scholar]
  5. Moreau A, Gosselin-Badaroudine P, Chahine M. Biophysics, pathophysiology, and pharmacology of ion channel gating pores. Front Pharmacol 2014; 5 : 53 [CrossRef] [PubMed] [Google Scholar]
  6. Ke T, Gomez CR, Mateus HE, et al. Novel CACNA1S mutation causes autosomal dominant hypokalemic periodic paralysis in a South American family. J Hum Genet 2009; 54 : 660–4. [CrossRef] [PubMed] [Google Scholar]

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