Open Access
Numéro
Cah. Myol.
Numéro 23, juillet 2021
Page(s) 20 - 23
Section Fiche pratique
DOI https://doi.org/10.1051/myolog/202123005
Publié en ligne 2 août 2021

© N.B. Romero et B. Cadot, publié par EDP Sciences, 2021

Licence Creative CommonsCet article est distribué sous licence « Creative Commons » : https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/deed.fr, permettant une ré-utilisation du contenu sans restriction à condition de mentionner clairement la source.

Principe

Le corps humain contient plus de 600 muscles différents avec, pour chacun, des fonctions spécifiques telles que la locomotion, la respiration, le maintien de la posture verticale, ou la circulation sanguine. Même si leur structure globale est assez similaire, il existe de nombreuses différences au niveau cellulaire qui permettent, selon leur spécificité fonctionnelle, de les distinguer les uns des autres. Les différents types de colorations/techniques utilisées lors de l’étude d’une biopsie musculaire constituent une étape-clé car elle permet une appréciation visuelle des modifications morphologiques et structurelles des fibres musculaires. Ces modifications peuvent être très variées, concernant la taille des fibres musculaires, la localisation des organites (noyau, mitochondries), le sous-type de cellules musculaires concernées (rapides ou lentes), l’activité métabolique ou enzymatique, et l’ultrastructure (microscopie électronique).

Au sein de l’Unité de Morphologie Neuromusculaire (sise dans le bâtiment Risler de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière) sont réalisées des études spécialisées de biopsies d’adultes et d’enfants. Cette activité dédiée au diagnostic et à la recherche des myopathies avait été initiée il y a près de cinquante ans, au début des années 1970, par les professeurs Michel Fardeau et Fernando Tomé. Les travaux de ces derniers ont contribué à la connaissance et à la consolidation de cette discipline en France et à l’international. Aujourd’hui, avec cet Atlas du Muscle, nous visons la valorisation et la pérennisation de ces inestimables travaux réalisés dans le domaine de la myologie. De plus, nous relevons le défi de faire évoluer la diffusion des connaissances grâce aux nouvelles technologies, et ainsi, de faire bénéficier les professionnels de santé et les chercheurs de notre solide expérience dans le champ de la pathologie neuromusculaire.

Nous avons décidé de partager plus de 4 500 images de biopsies musculaires humaines, mais aussi d’origine murine et canine, collectées depuis plusieurs années dans l’Unité de Morphologie Neuromusculaire et le Centre de Recherche en Myologie. Ces deux structures font partie de l’Institut de Myologie de Paris. C’est à ce jour le plus grand nombre des cohortes d’images de biopsies humaines. Elles recouvrent plus de 85 maladies musculaires génétiquement déterminées, réparties en 16 groupes de différents types de maladies, 72 gènes impliqués, 57 types de colorations et regroupe 27 types de muscles issus de biopsies humaines ou de modèles animaux.

L’Atlas du Muscle est financé par l’Institut de Myologie grâce au projet Accélérateur. C’est la première ressource complète et très bien documentée disponible pour aider les chercheurs et les médecins à établir un diagnostic et déterminer les caractéristiques morphologiques précises d’un grand nombre de maladies neuromusculaires, domaine dans lequel il existe une importante hétérogénéité morphologique et génétique. Toutes les images des biopsies humaines sont associées à un diagnostic définitif confirmé par analyse génétique, et à une référence bibliographique si l’observation a été publiée. L’Atlas du Muscle est en accès libre mais les images ne sont pas destinées à être téléchargées. Cette base de données propose ainsi des images de référence pour différentes maladies bien caractérisées, dans un but de recherche ou d’enseignement. Cet outil fournit également du matériel aux développeurs d’IA pour la création d’algorithmes permettant de détecter automatiquement des caractéristiques particulières dans les biopsies musculaires. L’idéal serait ainsi de n’avoir besoin d’aucun marquage, ou a minima un seul, pour être capable d’extrapoler les caractéristiques nécessaires au diagnostic.

Origine des biopsies

Les biopsies humaines ont généralement été obtenues lors du parcours de soins habituel des patients, ou dans le cadre de projets de recherche de l’Institut de Myologie se déroulant dans l’Unité de Morphologie Neuromusculaire ou dans le Centre de Recherche en Myologie. Environ 65% des échantillons musculaires analysés proviennent de patients adultes des services de neuromyologie, de médecine interne, de neurologie et maladies métaboliques, ou de médecine interne du CHU de la Pitié-Salpêtrière. Les 35% autres proviennent d’hôpitaux d’enfants ou d’adultes français ou étrangers.

Pour les biopsies musculaires de souris, l’âge auquel ces dernières ont été euthanasiées est toujours indiqué. Les échantillons de muscle de chiens, quant à eux, ont été obtenus dans le cadre d’une étude préclinique, mise au point par le laboratoire Atlantic Gene Therapies de Nantes et ayant pour but la délivrance d’un rAAV8-U7snRNA destiné à restaurer par saut d’exon la phase d’un ARNm de la dystrophine.

Exemples de colorations/techniques appliquées

Pour les procédures d’immunofluorescence, des coupes de tissus murins ou humains ont été réalisées à l’aide d’un cryostat. Elles sont fixées et perméabilisées, puis les épitopes non-spécifiques sont masqués. Les sections ont été incubées avec un anticorps primaire spécifique puis des anticorps secondaires appropriés.

Les échantillons de muscle des patients pour les études de microscopie électronique, réalisées à l’Institut de Myologie, ont été fixés avec du glutaraldéhyde (2,5%, pH 7,4), post-fixés avec du tétroxyde d’osmium (2%), déshydratés et incorporés dans de la résine (EMBed-812, Electron Microscopy Sciences, USA). Des coupes ultrafines ont été colorées avec de l’acétate d’uranyle et du citrate de plomb (Tableau I). Les grilles ont été observées à l’aide d’un microscope électronique Philips CM120 (80 kV; Philips Electronics NV, Eindhoven, Pays-Bas) et ont été photo-documentées à l’aide d’une caméra Morada (Soft Imaging System, France).

Tableau I

Principales colorations utilisées et les structures détectées correspondantes (liste non exhaustive).

La base de données

Les images totalement anonymisées ainsi que leurs informations spécifiques ont été téléchargées sur la solution Web fournie par Zegami® (Université d’Oxford), et hébergées sur le site Web de l’Institut de Myologie (https://www.institut-myologie.org/en/ recherche-2/laboratoire-dhistopathologie-dr-norma-b-romero/muscle-atlas/). Chaque image est associée aux informations suivantes : organisme, muscle biopsié, groupe/type de maladies neuromusculaires et nom précis de la myopathie, gène muté et mutation, traitement le cas échéant, genre, âge, méthode de coloration, référence anticorps le cas échéant, numéro OMIM, et publication dans laquelle les images ont été utilisées. Le filtrage en utilisant l’un de ces paramètres ou une combinaison de ceux-ci est possible pour affiner un sous-ensemble d’images (Figure 1). L’objectif de cette banque est d’atteindre un nombre très important (plusieurs milliers) d’images dans les quatre prochaines années. Plusieurs maladies ne sont pas encore référencées comme, par exemple, les maladies musculaires infectieuses, tropicales ou non, dont les parasitoses musculaires rares, et certaines myopathies non déterminées génétiquement. Un nombre plus conséquent de muscles d’individus sains serait nécessaire pour enrichir la base.

thumbnail Figure 1

Visuel de la base de données sous sa forme actuelle. A : Vue d’ensemble de la base de données Muscle Atlas. Il est possible de zoomer sur les images avec la mollette de la souris. B : Encart de A. Filtres disponibles afin de restreindre le nombre d’images. À droite, pour chaque paramètre, il est possible de restreindre encore en choisissant un deuxième niveau (ici pour les types de muscles). C : Exemple de sélection (75 images) en utilisant les filtres Homo Sapiens (Organism) et LegAnterior (Muscles). D : En cliquant sur une image (encart rouge dans C), toutes les informations reliées à cette image sont visibles.

Dans un futur proche, nous espérons enrichir la banque d’images à des maladies neuromusculaires rares non encore étudiées dans notre Institut. Dans le but d’atteindre le nombre critique d’images nécessaires au développement d’approches basées sur l’intelligence artificielle (algorithmes automatiques d’analyse d’images), nous nous proposons d’étendre à d’autres Instituts travaillant sur le muscle la possibilité de rejoindre cette base de données. Ce dépôt se fera au travers des curateurs et les images devront respecter certains standards de haute qualité, être associées à des métadonnées claires et être impliquées dans un article révisé/publié.

Nombre de cas de biopsies humaines incorporés à ce jour : 200 cas

Nombre de maladies représentées : Myopathies liées à 72 gènes

Nombre de photos de myopathies chez l’homme déjà disponibles sur le serveur : 4 516 photos (2 976 images d’histo-enzymologie et 1540 de microscopie électronique)

Nombre de photos de muscle de souris : 467 Autres : 4

Liens d’intérêt

Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.

Remerciements

Le travail de sélection de photos destinées à être incorporées dans l’Atlas du Muscle a été rendu possible grâce à la précieuse participation d’Emmanuelle Lacène et de Clémence Labasse.

Liste des tableaux

Tableau I

Principales colorations utilisées et les structures détectées correspondantes (liste non exhaustive).

Liste des figures

thumbnail Figure 1

Visuel de la base de données sous sa forme actuelle. A : Vue d’ensemble de la base de données Muscle Atlas. Il est possible de zoomer sur les images avec la mollette de la souris. B : Encart de A. Filtres disponibles afin de restreindre le nombre d’images. À droite, pour chaque paramètre, il est possible de restreindre encore en choisissant un deuxième niveau (ici pour les types de muscles). C : Exemple de sélection (75 images) en utilisant les filtres Homo Sapiens (Organism) et LegAnterior (Muscles). D : En cliquant sur une image (encart rouge dans C), toutes les informations reliées à cette image sont visibles.

Dans le texte

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